L'Ami 6 est une voiture particulière, à la ligne étonnante. Dessinée par le génial Flaminio Bertoni, la "ligne Z" garantit une habitabilité optimale dans une petite voiture... Le public a eu du mal à accepter ce concept, et c'est l'arrivée du break au Salon 64 qui va faire décoller les ventes de l'Ami 6. Considérée comme une "voiture de papy" dès les années 70, ringardisée, c'est dans les années 90 qu'on va la redécouvrir, en collection. Je n'avais pas oublié celle de mon parrain, lorsqu'enfant, je montais sur la banquette et me penchais sur la lunette arrière : j'avais alors le sentiment de survoler la route comme un avion...
En août 1995, je me rends à Clermont Ferrand pour participer à l'ICCCR (International Citroen Car Club Rally), organisé sur les pistes d'essai Michelin, ouvertes au public pour l'occasion : un évènement historique ! Je fais la route avec ma 2CV de 1959 (à venir sur le blog) dans son état... d'origine. Je suis accueilli là-bas par le Club des Amis de la 2CV, un des rares clubs 2CV qui s'intéressent vraiment aux anciennes, et j'y fait la connaissance de plusieurs membres de l'Amiclub de France, à commencer par son président de l'époque, Loïc Ruol, venu au volant d'une superbe Ami 6 de 1963. Immédiatement, mes souvenirs reviennent en surface, et je me verrais bien au volant (monobranche) d'un premier modèle, une berline avec les feux arrières cylindriques, dits "pots de yaourt", et la calandre simple. Justement, Loïc en connait une à vendre dans le Nord, identique à la sienne : un milésimé 1963, bleu lavande. A l'automne 1995, je prends le train pour Lille, bien décidé à revenir avec !
Le problème des Ami 6 à cette époque n'était pas le prix, c'était surtout d'en trouver une en bon état ! La finesse des tôles de carrosserie, une protection anti-corrosion symbolique, et la conduite de propriétaires, ou trop vieux ou trop jeunes, ont fait disparaitre la totalité des exemplaires construits, à l'exception de quelques centaines qui ont traversé le temps sans bouger et à l'abri, gage de leur conservation. Celle que me montre Loïc est plus que correcte : vendue en mars 1963, elle a bien quelques (toutes petites) bosses, mais très peu de corrosion et 77 000 kilomètres. Les freins viennent d'être refait. Le propriétaire l'avait achetée neuve et, à son décès, ses héritiers souhaitent vendre l'auto. Le prix paraitrait dérisoire aujourd'hui, mais était normal en 1995 pour une belle Ami 6. La sellerie a quelques accrocs, mais il est quasiment impossible de la conserver correctement, vu la fragilité du tissus "feuille de houx". Elle tourne sans problème, et nous l'emmenons au contrôle technique, qu'elle passe avec succès.
L'affaire est entendue, et je reprends la route pour Paris à son volant, par la Nationale 17. Quitte à rouler en voiture des années 60, autant le faire sur une route d'époque... Mon premier contact avec cette auto est surprenant : le volant est très horizontal, comme dans un camion. L'embrayage est tellement léger que j'ai l'impression de pousser dans le vide. Enfin, il me faudra 10 bonnes minutes pour comprendre comment arrêter les clignotants ! La visibilité vers l'arrière est très bonne. Elle roule à 90-100 sans faiblir, et je comprends ce qu'elle représentait lors de sa sortie, quand une 2CV AZ faisait à peine plus de la moitié de sa puissance, et dans un vacarme in fernal. Si l'on se réfère aux 2CV des années 70 ou 80, l'Ami 6 n'est qu'un dérivé un peu plus confortable. Par contre, en 1961, c'est un modèle à part entière, beaucoup plus spacieux (surtout aux coudes !), bien fini et équipé qui se situe à mi-chemin de la 2CV et de l'ID...Caractéristiques de la Citroen Ami 6 1963 :
Moteur bi-cylindres à plat, refroidi par air, 602 cm3
Puissance : 22 CV SAE - 3 chevaux fiscaux
Boite 4 rapports
Vitesse : 110 km/h
Poids : 670 kg
(A suivre)
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